1. Jean-Marie Chauvier (né en 1941), Rosine Lewin, le Parti et moi, 2025, éd. du Cerisier, 287 pages, 23 euros.
Une somme, on voit mal comment résumer. Personnage central: "la marmite du siècle" pour reprendre l'expression de Chauvier. En figurants faisant fil conducteur, voir le titre. C'est Rosine, grand figure du Parti communiste belge, née à Anvers en 1920, famille décimée par le judéocide nazi (plus de 25.000 Juifs déportés de Belgique) avec en avant-plan la visée de détruire l'Union soviétique (sur 3,35 millions de soldats de l'Armée rouge faits prisonniers par les féroces hordes hitlériennes, seul 1,1 million survivra), elle a tout vu, presque - avec les lunettes du Parti (deuxième figurant) auquel elle adhère en 1941 (21 ans!) et qui obtiendra, pour mémoire, près de 13% des voix en 1946, envoyant 23 députés au Parlement. Et, puis, tenant la plume, le figurant Jean-Marie, quasi moscovite, correspondant là-bas du Drapeau rouge de 1964 à 1969 (ami de Rosine, rédac' chef) et arpenteur encore des terres rouges de 1980 à 2000. Avec cela, on a strictement rien dit. Rien dit des effets du pacte germano-soviétique, de l'américanisation entamant belle carrière après-guerre, du XXe Congrès de déstalinisation khrouchtchévienne, du "néolibéralisme libertaire militant" dont le virage en épingle de Libé sera "la plus parfaite illustration" (dixit Chauvier, qui aurait pu y adjoindre le petit clown Cohn-Bendit), ni enfin, des espoirs, déçus, nés du dégel en URSS, de l'eurocommunisme et de la perestroïka, que l'auteur accueillera avec bon œil. Bref, impossible de résumer. Sinon signaler des pépites suggestives de la richesse de l'ouvrage: le Yiddishland, déjà entendu parler? Non? Et la définition de Staline de l'antisémitisme comme étant du cannibalisme? Non plus? Ou de l'écartement de la Résistance en Belgique au lendemain de la guerre, ou de la naissance, à ce moment, des nouveaux services secrets allemands ouest-allemands, appuyés par Washington et dont "une des premières tâches fut le soutien aux guérillas banderistes ukrainiens", de sinistre mémoire et aujourd'hui glorifiées dans l'Ukraine de Zelensky... Certes, il y a des bémols. Le rôle du réseau "tentaculaire d'officines" de Washington et de la CIA dans l'Europe d'après-guerre: un peu court. Idem au sujet du "pape de Solidarnosc", 1980-1981. Ou au sujet de "l'argument de l'encerclement de la citadelle assiégée", pourtant réalité tout au long de la guerre froide, donc de 1917 jusqu'à 2026 & passim. Réponse du mélomane à la bergère: mais diable! quelle partition ne comprend pas de bémols?
2. Aragon (1897-1982), Au pays des mines, 1950, Le Temps des Cerises, 2007, 103 pages, additionnées de 99 pages d'introduction de Lucien Wasselin & Marie Léger, 18 euros.
L'an 1950. Aragon publie dix-huit chroniques littéraires dans La tribune des mineurs - pas les enfants du juges, non, les gueules noires qui se tuent à extraire du charbon pour assurer la "prospérité" de la nation. Pourquoi le fait-il, qui lui a demandé de le faire et a-t-il vu de près ses lecteurs, causé et fraternisé avec ces prolétaires, meurtris par leur besogne souterraine? On ne sait. Et n'en sait rien, non plus, Wasselin qui signe l'introduction à la chose. C'est, pour le moins, frustrant. Demeure le contenu de ces dix-huit chroniques parues en 1950 qui, pour l'essentiel invitent, incitent et pressent les lecteurs à lire du soviétique, ce en un temps, après la Libération et du reflux de la Résistance, où déferlent des bouquins américains, pour plomber les esprits, les asservir à l'American Way of Life. Certes, 1950, c'est évidemment fichtrement daté. Les auteurs soviétiques mentionnés: effacés, introuvables mis à part quelques exceptions et, alors, chez les bouquinistes - dont le rayon "Russie" comporte surtout les suspects habituels, les "dissidents" & Cie et autres opus oscillant entre russophobie et antisoviétisme. Pour faire court: lire Aragon, ça nettoie l'esprit.
(Une recension plus longue a été publiée dans Le Drapeau rouge, 1er trimestre 2026.
3. Laurent Lévy (à vue de nez, dans les soixante ans), Un portrait de Staline, 2026, éd. La fabrique, 200 pages, 15 euros.
Faut-il avoir eu vingt ans en 1953 pour savourer? 1953, ce n'est pas hier, il faut passer la gomme sur les années 2000 et suivantes, raturer ensuite les trente piteuses de morose stagflation et se glisser au début du mat de Cocagne des trente glorieuses, bref, faire un petit effort. Que s'est-il passé de grand en 1953, élève Duduche? Ah mais! c'est bien sûr: la mort du grand Staline, tout le monde sait cela. Les Français le savent d'autant plus mieux que cette très grande disparition a donné lieu à très grand scandale dans le landerneau hexagonal. À cause de qui? À cause de Picasso. De Picasso et d'Aragon, tous deux membres du Parti communiste français, organisation quelque peu sourcilleuse sur l'application de la Juste Ligne par ses membres. Or, là, double faute. Aragon pour avoir penser à Picasso pour illustrer à la Une l'hommage rendu au grand disparu dans les Lettres françaises qu'Aragon dirigeait. Et Picasso - l'inconscient! - pour avoir fait son boulot: croquer un portrait de Staline. Voilà qui donnera lieu à une apocalyptique tempête dans la tasse de thé du Parti (à l'extérieur, on imagine plutôt des sourires). C'est un très beau portrait, sympathique et humain, pourtant: un Staline jeune, le regard mi-rêveur, mi-attentif (à moitié dans le passé et à moitié dans l'avenir, pourrait-on dire), la moustache et la crinière bien brossée, virilement tous deux, certes, certes, mais la Grandeur, elle est où la Grandeur de Staline, celle de l'iconographie officielle? Eh bien, chez Picasso, il n'y a pas de grandeur, peut-être avait-il oublié, peut-être ne savait-il trop que faire de ce mot aux pesantes lourdeurs. Le scandale va durer quelques mois. Il épuisera Aragon. Il perdra douze kilos. L'auteur, Laurent Lévy, raconte tout cela par le menu. Avec ce mot qui résume tout d'Aragon, reconnaissant son erreur: "nous n'avons pas pensé aux communistes." Ah! ça, il aurait sans doute fallu y penser.
4. Thomas Vinau (né en 1978), Bosch, Le Petit saint Antoine, 2025, éd. Invenit, 89 pages, 20 euros.
Petite chose délicieuse que celle-ci. Vinau, précise la 4ème de couverture, est un poèteux qui vit dans le Vaucluse; en reclus? Rien n'est dit à ce sujet. Et c'est en quelques pages, très aérées, d'une jolie typographie encrée brillant, qu'il brode sur Jheronimus Bosch (1450-1516) et sa Tentation de saint Antoine - ah! dont les reproductions photographiques font la saveur de l'ouvrage, toutes en couleur, en vue d'ensemble et par zoom sur des détails. C'est du Bosch. L'idylle champêtre, où se tient en sa bulle méditative le saint, s'égaye de petits monstres infernaux. Du Bosch, mais pas une monographie: le poèteux Vinau brode, on l'a dit, ce n'est pas un historien de l'art. Plus que le tableau, ce sont des états d'âme qui agencent le récit. Ainsi, du saint est épinglé "l'indifférence placide de son désespoir tranquille". Rien qu'à lire ce fragment, extrait de tout contexte, on ne peut qu'être porté à tout relire depuis le début, comme lorsqu'on croise un bouchon dérivant esseulé dans la rigole d'un trottoir mouillé de pluies.
5. Jacques D'Hondt (1920-2012), Hegel en son temps, 1968, éd. Delga 2011, 339 pages, 13 euros.
Réac, Hegel? C'est un lieu commun souvent entendu: Hegel, chantre de l'État (prussien), de l'Ordre, de la bureaucratie... Alors, là, lire Jacques D'Hondt. C'est un mémoire de défense, fouillé, minutieux, démontrant que, tout au contraire, Hegel, admirateur de la Révolution française, n'a eu de cesse de poser des actes en faveur des opposants à l'absolutisme régnant, certes en louvoyant, certes discrètement, car le pouvoir ne rigolait avec l'expression d'une pensée incorrecte, à preuve les procès et emprisonnements, bien documentés ici. Et si, de fait, Hegel voyait d'un bon œil la "bureaucratie", c'est parce que, re-contextualise D'Hondt, cette "bureaucratie consciencieuse, méticuleuse, soucieuse du bien public, telle qu'elle se présentait au regard de Hegel (...) est alors pratiquement la seule force politique qui résiste aux féodaux." Toujours se méfier des clichés! Que dire de plus? Rien. Sinon terminer par un bon mot du camarade Hegel: "Seule la pierre est innocente." Joli, joli.
6. Jules Renard (1864-1910), Journal (tome 1 - 1887-1896), éd. 10/18, 1984, 360 pages.
Ce après quoi, faudra labourer les deux tomes suivant. Çui-ci va de ses vingt-trois ans, 1887, à sestrente-deux, 1896, de post-ado à pré-mûr. Homme d'esprit, il en lâche des traits sans arrêt, c'est assez superficiel et vain. De l'actualité, quasi rien, c'est que l'homme (d'esprit) est un Littéraire, seul compte ce microcosme, de salons en loges de théâtre, avec les fréquentations qu'il faut, Schwob, Allais, Rodin, Lautrec... Dans les instantanés dialogués saisis sur le vif, il en des amusantes: "Vous ne fumez pas? - Non. - Oh! c'est pour vous donner un genre." ou "J"ai soif de vérité. - Prends garde à l'ivrognerie." En petite cerise dans le Martini, la fascinante description d'audience chez Sarah Bernhardt, couchée sur une peau d'ours blanc non loin de son petit minou, un puma tenu par une chaîne. Et puis intimiste son examen de conscience, à trente-et-un ans, il "n'a pas assez travaillé", il n'est "pas assez sorti", il a "trop mangé, trop dormi", il a "trop méprise les journaux dont je lis quatre ou cinq chaque jour", là-dessus pirouette: "Trop dit à mes amis: «Si je meurs avant vous, je vous demande de m'enterrer à Chitry-les-Mines, et, sur ma tombe, vous mettrez un petit buste avec les titres de mes ouvrages, simplement, rien que ça.» Puis, brusquement: «D'ailleurs, je vous enterrai tous.»" Et voici ce qui rend le garçon sympathique: en date du 21 mars, il confie à son journal: "J'ai envie de faire une monographie de la taupe." La suite? Au tome 2...
7. Alberto Manguel (né en 1948), Les Très Riches Heures du duc de Berry, éd. Invenit 2025, 140 pages, 24 euros, trad. Agnès Mathieu-Daudé.
Manguel, on connaît, un très grand amoureux du livre, dont il a dit mille choses, toujours avec un enthousiasme contagieux. À cet arc, une nouvelle corde, pour célébrer, faire partager, l'envoûtante beauté du "livre d'heures" (livre de dévotion privé avec calendrier des prières) que le très riche duc de Berry (1340-1416) s'est mis en tête de faire réaliser à sa propre gloire par trois artistes de l'enluminure: ça, c'est en 1411, quelques petites années avant que, 1416, artistes et commanditaire ne meurent, laissant donc ce "livre-cathédrale" comme l'appelle Manguel, inachevé et orphelin, quoique déjà riche de 36 grandes peintures et 28 petites scènes. Après transmission à la famille royale, quelque 28 mains vont s'employer à achever la besogne de bénédictin. Un bouquin (512 pages, 29x21cm) dont la production aura demandé quelque 75 ans, voilà qui à l'écoulement du temps donne une toute autre saveur que le misérable fast-book ambiant. Abstraction faite de l'introduction historique, ce n'est pas un livre qu'on lit: joliment lardé de reproductions quadrichromes, ça se regarde, se scrute, se tâte et se tête, avec loupe parfois.
8. Lionel Shriver (née en 1957), Hystérie collective, 2024, Belfond 2026 pour la traduction de Catherine Gibert (titre original: Mania), 335 pages, 23 euros.
Lionel Shriver née en Caroline du Sud (États-unis), longtemps citoyenne de sa Majesté (Grande-Bretagne) et, depuis peu, comme elle l'a narré dans la délicieusement subversive chronique qu'elle tient dans l'hebdomadaire The Spectator, exilée au Portugal (Lisbonne) en raison de la bureaucratie asphyxiante du pays, la contraignant, en tant que travailleuse indépendante, de remplir formulaires fiscaux à un rythme inhumain. Elle s'est insurgée là-contre, joignant les actes à la parole, mais ce n'est là qu'une pointe d'iceberg de ce qui rend l'époque irrespirable (la "culture" cancel, le conformisme woke, le matriacarlisme MeToo, etc., etc.) et ne trouve grâce ou excuse à sa plume acerbe. C'est pour partie le sujet de ce "roman à thèse" mettant en scène le climat quasi totalitaire de censure et d'auto-censure venu encadrer la liberté de parole (sa peau de chagrin) aux États-unis. Cela commence fort avec l'admonestation (avertissement avant renvoi) que la narratrice, prof d'unif, a reçue de l'école de son fiston coupable... d'avoir dit d'un tee-shirt porté par un de ses camarades qu'il était "stupide". C'est le mot, avec majuscules LE MOT, qu'il ne fallait pas. Dire d'autrui qu'il est stupide, même s'il ne s'agit que de son tee-shirt, c'est crime contre la bienséance, c'est discriminer, c'est poser une supériorité (en général de race blanche) sur autrui. Asphyxiant, disais-je: discutant de la chose avec une collègue partageant les mêmes vues critiques qu'elle, celle-ci n'en recommande pas moins de louvoyer, surtout ne pas s'opposer: pense à ta carrière, dit-elle. En est-on vraiment là dans le pays de Bradbury, Truman Capote et Faulkner? Sans doute, pour mieux porter ses coups et appuyer la charge, Shriver exagère-t-elle un peu, comme dans toute dystopie, toute satire. Le ton, lui, reste juste. Et le constat de déglingue abyssal de la mentalité dominante étatsunienne. Fallait-il pour cela en faire un roman? Lectrices et lecteurs en jugeront.
9. Shelley (Percy Bysshe - 1792-1822), Ode au vent d'ouest, Adonaïs & autres poèmes, édition bilingue, poche José Corti, 2011, trad. Robert Davreu, 153 pages, 6,80 euros.
Nul autre poète n'a su dire, comme ici, l'absence de l'être cher. Relu pour je ne sais la quantième fois, toujours avec le même vertige des phrases ailées. L'absent célébré: John Keats, évidemment, poète phtisique fauché en 1821 par la maladie, à 25 ans, Shelley le suivant un an plus tard, noyé lorsque son embarcation est engloutie par une tempête dans le golfe de Livourne, il n'avait que 29 ans. Les dieux aiment les croquer jeunes, comme on dit. Il chante l'ombre de Keats, mais aussi d'autres, Jane... "She left me, and I stayed alone / Thinking of every tone / Which, though silent to the ear / The enchanted heart could hear (...) The soft vibration of her touch, / As if her gentle hand, even now, / Lightly trembled on my brow" (c'est évidemment aplati dans la traduction: Elle me quitta, et seul je demeurai / À méditer tous les accords / Dont, pourtant silencieux à l'oreille, / Le cœur ensorcelé reconnaissait le timbre (...) La soyeuse vibration de sa caresse, / Comme si sa main douce, même à présent, / Tremblait légèrement sur mon front). C'est d'une sublime beauté mélancolique. (Mais tout de même, pas fichu de se payer un relecteur chez Corti: les coquilles abondent dans l'original anglais: "ad" pour and, "sent" pour scent, "paht" pour path...)
10. Robert Crumb (né en 1943), Chroniques de la paranoïa, 2025, éd. Cornélius, une 60aine de pages non paginées, 14,50 euros.
Pour qui aime, adore, vénère, bénit, déifie Robert Crumb et ses "crumbettes" en tous plis corporels bien nourrie, et son anarchisme irrespectueux de tout ce que bienséance commande, son narcissisme outrancier, son humour salutairement salace, eh bien, raté! Il n'y a quasi rien de tout cela ici, et c'est d'une lecture pesante (plus de texte que de croquis!) et, en un mot, rébarbative. Dommage. Peut-être qu'il devient vieux.
11. (Revue) L'Audace, n°2, mars 2026, 145 pages, 16,40 euros.
"La revue animée par Natacha Polony" proclame le couverture. Il y a là de la modestie. Natacha Polony (née en 1975), pour qui s'informe un peu, était une des chroniqueuses atypiques du quotidien Le Figaro, à l'instar d'un Zemmour ou d'un Ferry, et atypiques au sens de: pas dans le droit fil du conservatisme de centre-droite du journal; elle était aussi la figure de proue de l'hebdomadaire Marianne, où elle a gentiment été mise au placard, sans compter ses bouquins dont les titres donnent une tonalité non équivoque, Ce pays qu'on abat (2014), Sommes nous encore en démocratie (2021). Mais, donc, 2025, voilà qu'elle lance ce trimestriel, dont le n°1 sera, las! quasi introuvable à Bruxelles, succès des ventes oblige. Le numéro 2, centré sur la liberté d'expression (titré Qui censure qui?) et introduit par Polony soi-même (Contre l'inféodation) ne déçoit pas. Bien sûr, il y a à boire et puis à ne pas manger: ce pli pour la "régulation" des réseaux dits sociaux - bah! Mais on se délecte quand est abordée la "democracy shield" (sic - bouclier de la démocratie) de la papesse de la Commission dite européenne, Ursula von, où Polony voit une "confusion volontaire entre lutte contre les ingérences et muselage des opinions divergentes": bien vu, même si on se serait attendu à voir ici un mot sur l'affaire Jacques Baud, mis au ban par le Conseil de l'Europe (les ministres des 27) pour ses écrits "divergents". Ajouter la visite guidée des le labyrinthes de la "sécurité cognitive", de la "Cloud Act" 2018 (consacrant "l'extraterritorialité du droit américain"), du "Chat control imaginé par l'Union européenne"... À lire, pour ne pas mourir con (Wolinski).
12. Marcel Leroy (né en 1948), Personne ne devrait mourir inconnu - L'enquête sur les mineurs non-identifiés du Bois du Cazier, 2026, éditions du Basson (Charleroi), 200 pages, 22 euros.
Le saviez-vous? Mortels, incinérés et en poussière dispersés, le vent nous mue en "des éclats d'argent". C'est du Marcel Leroy, Rouletabille du journalisme de grand époque, retraçant l'épopée socio-médico-légale entreprise en 2024 pour identifier les douze mineurs inconnus laissés en rade après la catastrophe du Bois de Cazier (262 morts), le 8 août 1956. La quête, ici, est toute donnée dans le titre du livre, Personne ne devrait mourir inconnu. Sur ce sinistre sinistre qu'un cri résume - tutti cadaveri! -, il a beaucoup été écrit. Manquait l'épilogue: la volonté sans faille de Michele Cicora, enfant d'un des mineurs portés inconnus, d'identifier son papa, près de septante années après les faits, exhumation et analyse d'ADN aidant. Histoire émouvante faisant notamment ressurgir Jozeph Chmiela, mineur polonais foudroyé dans l'enfer de feu du labyrinthe minier, sans savoir que sa très chère Emilia était enceinte, et ressurgir celle-ci et sa fille, "traitée de bâtarde" et enfant de "femme facile" (sic), car parents non mariés: ce n'est que ces jours qu'elle a pu prouver l'évidente mais non légale paternité et reprendre le nom de son grand-père. Un peu grâce à Michele Cicora, et on ajoutera volontiers, Marcel Leroy.